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AG Routes de France 16 juin 2022
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Table ronde durant l'assemblée générale de Routes de France, le 16 juin 2022, à Reims.
Pourquoi les jeunes en formation TP sont les meilleurs ambassadeurs pour le secteur

ATTRACTIVITÉ. Lors de son assemblée générale délocalisée à Reims, Routes de France a choisi de donner la parole à plusieurs élèves et étudiants actuellement en formation pour travailler dans les travaux publics. Ils ont décrit avec un enthousiasme communicatif comment ils avaient découvert le secteur, ce qui leur plaît et les motive, ce qu’ils attendent des entreprises… Alors que la filière est confrontée, comme l’ensemble du BTP, à un problème d’attractivité, et si les meilleurs ambassadeurs pour la promouvoir étaient les futurs talents eux-mêmes ?

Comment renforcer l’attractivité des métiers et avec qui ? Cette question traverse l’ensemble du secteur du BTP. L’industrie de la route et des infrastructures de mobilité ne fait pas exception. Cette problématique était d’ailleurs au cœur de la dernière assemblée générale de Routes de France, organisée le 16 juin 2022, à Reims. Car même si le sujet est ancien, il est devenu encore plus prégnant depuis septembre 2021, a constaté Bernard Sala, président de l’organisation professionnelle réélu à l’unanimité le jour même.

"Il est plus important encore qu’avant car nous devons faire face à de nombreux départs, sur tout type de métiers : certains arrivent en fin de carrière, d’autres nous quittent sans que nous ne le souhaitions, car quel que soit le niveau, un collaborateur représente toujours un investissement pour l’entreprise. On parle d’ailleurs de capital humain. Chaque fois cela suppose un renouvellement des équipes", décrit-il.
 

"Vraie bataille"



Or, attirer et retenir ses collaborateurs est devenu "une vraie bataille", constate-t-il. Car la concurrence ne s’opère plus seulement "sur les chantiers", mais "entre les filières. Nous devons donc montrer que la nôtre a plein d’atouts".
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Routes de France a souhaité faire un pas de côté pour cette assemblée générale délocalisée. En effet, les entreprises se demandent souvent comment attirer les jeunes générations vers leurs métiers. Une population qui connaît peu le milieu des travaux publics. Mais avant de savoir ce que celle-ci souhaite et attend, pourquoi ne pas commencer par demander à ceux déjà engagés dans la filière, élèves ou étudiants, ce qui les a attirés vers ces métiers ? Futurs ingénieurs et compagnons, venus de Reims et de Trappes, se sont ainsi prêtés au jeu des questions.
 

Terrain, polyvalence et autonomie

 


Le moins que l’on puisse dire, c’est que leurs discours semblent inspirés… et inspirants. A de rares exceptions près, ils ont souvent découvert les travaux publics par hasard. Ameline, étudiante en section BTP au Cnam de Reims, est entrée dans le secteur plutôt par le bâtiment. "Je ne connaissais pas du tout les TP, je les ai découverts au fur et à mesure", explique-t-elle à Batiactu. De son côté, Clémence, apprentie ingénieure BTP, en alternance chez Eiffage Route, est passée d’abord par les bureaux d’études. "Je n’étais pas sur le terrain, je n’avais pas la connaissance métier. J’avais besoin de donner du sens à ce que je concevais, d’avoir une vision terrain."
 
"Donner du sens à ce que je concevais, avoir une vision terrain"


Hugo, en première année de BTS TP au BTP CFA Ardennes, s’est passionné pour le secteur après avoir travaillé un été au sein de l’entreprise Gorez TP, à Reims. "Pose de bordures, canalisations… en deux mois, j’ai pu voir tout le panel des travaux publics. Deux semaines après la rentrée scolaire, j’ai annoncé à mes parents que je voulais travailler dans ce domaine", se souvient-il… ce qui n’a pas été simple à faire accepter. Il touche ici un problème… celui de sensibiliser les "prescripteurs", familles, proches, mais aussi communauté éducative aux métiers du secteur, afin d’inverser l’image négative qui leur est encore souvent attachée.
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La motivation d’Hugo a visiblement fini par convaincre ses proches. En Bac pro, il réalise son alternance chez Gorez toujours. "J’ai effectué tous les postes, jusqu’à la prise en main d’une équipe et la gestion d’un chantier en 2e année." Polyvalence, autonomie et possibilité de prendre rapidement en charge des responsabilités sont, de l’avis de beaucoup des jeunes présents, des atouts majeurs des métiers des TP et de la route.
 

Construire, "c’est de l’art"



L’autre force, c’est de "pouvoir laisser une trace. Il y a une vraie fierté de voir le résultat de notre travail, quand on repasse à un endroit après un chantier", s’exclame Ousainou, en Bac pro au CFM BTP de Saint-Quentin-en-Yvelines. Pour Hugo, désormais en BTS en alternance chez Eiffage Route, cela va même encore plus loin : "Quand je me lève le matin, je ne vais pas travailler, je vais construire. Pour moi, c’est de l’art !" Des mots forts qui n’ont pas manqué de ravir l’auditoire !
 
"Quand je me lève le matin, je ne vais pas travailler, je vais construire."


Travailler dans les TP, c’est aussi être utile selon ces jeunes gens. Car il s’agit de "construire des ouvrages d’utilité publique", rappelle Romain, étudiant au Cnam de Reims. Clémence a conscience de l’importance du type d’expertise qu’elle est en train d’acquérir. Elle espère même pouvoir à un moment se lancer dans l’humanitaire, pour faire profiter de ses compétences dans des pays "qui en ont besoin pour se développer. J’aimerais pouvoir avoir un impact". Elle envisage donc de faire une pause dans sa carrière pour cela… à moins que sa future entreprise ne l’accompagne dans son projet ! Peut-être se dessine dans ses paroles un autre fil à tirer par les professionnels du secteur, pour attirer et fidéliser des jeunes engagés.
 

Solidarité et grands chantiers



Autre aspect qui revient souvent : l’ambiance dans les TP "que l’on ne trouve nulle part ailleurs", "le côté familial", solidaire. Les "relations humaines" sont d’ailleurs l’un des principaux points forts pour Lucas, étudiant au Cnam, qui s’est dirigé dans des études d’ingénieur pour pouvoir "manager" et toucher aux aspects organisationnels du secteur.
 
Dans les travaux publics, une ambiance "que l'on ne trouve nulle part ailleurs"


Souvent aussi, les futurs talents des TP sont attirés par les grands chantiers, et ne s’en cachent pas. C’est d’ailleurs pour cela que Clémence et Hugo ont choisi de faire leur alternance chez Eiffage Route, pour intégrer "un grand groupe", "avec beaucoup de projets intéressants", "un côté international" qui les attirent. "C’est la possibilité de voir grand", ajoute Hugo. "Et d’évoluer davantage grâce à des mutations internes", complète de son côté Erwann, qui a déjà eu une expérience en PME mais ne se voit pas ailleurs que dans un grand groupe. Là, aussi, pour tout type d’entreprise, ces réflexions ouvrent des pistes à explorer.
 

Génération connectée



Si eux semblent déjà passionnés, comment "donner l’envie d’avoir envie", comme paraphrase Bernard Sala, à leurs contemporains de se tourner vers les travaux publics, et notamment les travaux routiers ? Face à une génération ultra-connectée, les réseaux sociaux sont un bon vecteur de communication. Naturel même pour eux. "Nous avons tous un téléphone. Nous utilisons tous Facebook, Tik Tok, Instagram…", rappelle Lucas.

Se filmer sur les chantiers, montrer leur quotidien, donner à voir comment se passe un projet… Finalement, les jeunes ne seraient-ils pas les meilleurs ambassadeurs pour s’adresser à leur génération ? Ceux déjà engagés dans des filières TP ne seraient-ils pas les plus à même de promouvoir leur métier ? Ils en ont déjà les codes, et semblent avoir envie de partager.

 

Aller au contact



Pour autant, et même s’il s’agit d’une génération très connectée, il n’y pas de secret, s’accordent-ils tous "Il faut aller au contact", définit Clémence. "Le lien physique est important, c’est là que nous pouvons capter l’attention", estime Romain… et pourquoi pas susciter des vocations.
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Tous seraient prêts à jouer les ambassadeurs, à aller dans des collèges et lycées pour faire découvrir leur métier, et partager leurs expériences. Les discours, c’est bien. Cependant le terrain, c’est encore mieux. Erwann se souvient ainsi de portes ouvertes sur des chantiers. "Une super initiative, c’est cela qu’il faut faire !", interpelle-t-il. De quoi interroger la profession et lui ouvrir des perspectives pour adapter son approche, sa communication, ses process de recrutements, et même de management.

Jessica Ibelaïdene (20/06/2022)